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Marc Jamoulle & Geoffroy Laurent                                                      29 octobre 2007

 

La question des dépendances à notre consultation de médecine générale

 

Nous formons un cabinet de médecine générale de groupe sous le nom Cabinet de Médecine Générale Jamoulle et associés. La pratique professionnelle du Dr Jamoulle dans le quartier a commencé en 1974. Le Dr Geoffroy Laurent a été assistant du Dr Jamoulle en 2002 et s’est associé avec ce dernier en janvier 2007. Un assistant de médecine générale travaille plein temps dans l’association. Ceci porte à trois le nombre de médecins généralistes. Un secrétariat assure l’interface avec les patients et la gestion des dossiers médicaux. Plus de mille huit cents patients ont confié leur Dossier médical global à l’association. Il s’agit d’une pratique libérale traditionnelle à l’acte. Toutefois, en raison de la nécessité d’obtenir une bonne accessibilité économique pour les patients, la pratique du tiers payant est largement utilisée.

 

L’activité médicale à Gilly a été développée d’abord en solo par le Dr Jamoulle puis au sein du Collectif de Santé de Gilly Haies, une maison médicale dont il a été le fondateur et enfin actuellement au sein du Cabinet de médecine générale Jamoulle et associés. L’ouverture aux besoins de la population est depuis toujours une caractéristique de cette pratique professionnelle. L’approche individuelle va de pair avec une approche communautaire, la médecine générale étant à l’interface de la médecine individuelle et de la santé publique.

 

Dans les année 90, l’interpellation du Dr Jamoulle par les enfants de sa patientèle a conduit ce dernier à se former à l’approche et au traitement des patients présentant des troubles sévères du système endorphinique. Le climat de l’époque était marquée par une grande suspicion et une empreinte moraliste tres vive en ce qui concerne les traitements dits de substitution.

 

Cette attitude d’ouverture humaine et scientifique, associée à une grande accessibilité économique a positionné le cabinet du Dr Jamoulle comme acteur connu aupres des patients dépendants des substituts morphiniques à Charleroi.

 

Des  textes écrits et recherches de terrain  témoignent de la volonté d’être à jour scientifiquement. Un séminaire portant sur Toxicomanie et Ethique à réuni en 1994 chez le Dr Jamoulle, une série d’intervenants de Charleroi avec la participation de Jean François Malherbe, philosophe et éthicien. Parallèlement, les assistants du Dr Jamoulle ont tous été formés, entre 1990 et ce jour à l’accompagnement des personnes en demande de traitement spécifique bien qu’intégré à la pratique professionnelle classique de médecine générale. En 1994, un séminaire de formation a réuni quelques médecins généralistes de Charleroi autour du Dr Jacques Beaudour, psychiatre connu pour son implication de longue date auprès des patients toxicomanes qui nous a transmis son savoir faire et son savoir être dans ce domaine. La publication de l’ouvrage Etre en Roche par le Dr Jamoulle a eu un impact déterminant sur la prescription du Rohypnol en Belgique et en France. Le Dr Laurent a réalisé son travail de fin d’étude sur l’importante population de patients porteurs d’hépatite C fréquentant le cabinet.

 

Cette offre de soin s’est poursuivie sans discontinuer depuis 17 ans au travers de l’activité médicale générale dans un souci d’intégration médicale et sociale.

 

A l’heure actuelle, cette offre de soin se poursuit de façon habituelle, toujours totalement intégrée à la pratique usuelle de médecine de famille, une façon tant d’empêcher la ghettoïsation des demandeurs de traitement que de favoriser la prise de conscience par la  population consultante habituelle de la difficulté d’être dans cette situation de dépendance. Les patients en traitement au très long cours, les patients guéris, leur famille ou leur enfants (déjà 28 enfants nés de mère dépendantes) ont souvent intégrés la patientèle habituelle.

 

Nombre de patient et prise en charge

Le nombre de patient traités ou en demande de traitement a été considérable dans les premières années, mobilisant les énergies des trois médecins de la Maison Médicale. Ce sont plusieurs centaines de patients qui se sont présentés et qui ont été reçus et accompagnés au long des années. Les patients des années 90 étaient pour la plupart des injecteurs avec ce que cela comporte de risques sanitaires et de complications infectieuses.

La situation actuelle s'est sensiblement améliorée. L'offre de soins s'étant diversifiée, le nombre de nouveau patients en demande est descendu à moins de cinq  nouveaux cas par mois en ce qui concerne l'héroïne. La question de la nicotine a pris toute son importance  et la reconnaissance du Dr Jamoulle comme tabacologue contribue à cette nouvelle forme de prise en charge. L'usage massif de la cocaïne provoque des demandes ponctuelles de prise en charge surtout lors des épisodes psychotiques ou dépressifs aigus post coke. Sur le plan de l'alcool, la demande est stable et s'exprime rarement de façon déterminée.

La relation médecin malade est au coeur de la thérapeutique et c'est à ce titre que nous avons toujours refusé d'établir un contrat écrit, de surcroît partagé avec des tiers, pour les patients utilisant des opiacés de substitution. Notre perception est que l'héroïnomanie est une maladie endocrine, de type dysendorphinémie, dont les origines sont psycho sociales et les conséquences sont tout autant somatiques que psycho-sociales. Cette affection est aussi présente chez les sportifs de haut niveau.

Le traitement s'établit dans la durée et lors d'expositions  peu prolongées il est possible de refaire fonctionner le système endorphinique gravement endommagé et qui reste toutefois très fragile, expliquant par la le nombre et l'importance des rechutes. Les considérations éthiques reprises en rubrique sont les guides de notre activité clinique.

 

Approche thérapeutique intégrée et réseau de soins

Les patients sont vus dans le cadre de la pratique usuelle de la médecine générale. Leur problèmes de santé sont suivis de façon longitudinale et intégrée. Ceci signifie qu'un patient sous méthadone qui devient hypertendu ou diabétique sera traité de façon continue par la même équipe de soignants. Les enfants d'un patient toxicomane sont normalement vus pendant nos consultations de médecine générale (43% des patients toxicomanes de Charleroi ont des enfants). De cette façon, la dépendance n'est jamais qu'un parmi le ou les problèmes de santé d'une personne ou de sa famille et le point de contact avec le système de santé que nous représentons n'est pas marqué de l'opprobre d'être identifié systématiquement comme toxicomane. Du point de vue somatique, c'est la question de l'hépatite C qui domine et les relations se font le plus souvent avec les gastro-entérologues spécialisés. Du point de vue de la santé mentale, il est vrai que l'héroïne, excellent antipsychotique, agit comme un véritable filtre à psychotiques et que nous nous retrouvons avec un ensemble de patient dont les traits psychotiques sont parfois dominants, surtout si le « traitement » de substitution a été un succès et que la méthadone n'est plus non plus présente. C'est en partie à cause de la difficulté à trouver des répondants en psychiatrie et psychologie clinique et des travailleurs sociaux que le Dr Laurent a souhaité un contact plus formel avec les associations en place.  Le Dr Laurent bénéficie d'une expérience étendue en médecine communautaire de par les responsabilités qu'il a exercé pendant trois ans au Rwanda dans l'organisation de la prise en charge de patients atteints de SIDA . Il sera d'une grande aide pour développer notre réseau de soins formel.        

 

 

Déclaration d'intention ;
Le médecin généraliste et de famille et l'usager de drogue

Ecrit à Villamura, Portugal, printemps 1997.

 

Contenu

Ce texte qui effleure la thématique de l'éthique professionnelle et du soins aux usagers de drogues a été écrit à l'issue d'une rencontre entre médecin généralistes Français, Portugais et Belges à Villamura, Portugal au printemps 1997. Il est soumis ici à votre regard critique.

Le patient usager de drogue est un patient comme les autres. S'il le requiert, il devra bénéficier de l'information, de l'écoute et de l'approche thérapeutique qui est due à tout être humain souffrant. Le patient a droit au respect le plus strict de son intimité et de son secret. Il a droit à des soins personnels, globaux, continus et accessibles socialement et financièrement.

Le médecin généraliste et de famille désireux de prendre en charge le patient usager de drogue veillera à lui offrir les mêmes conditions de prise en charge que pour les autres patients, quelque soit le site où il pratique. Le médecin généraliste et de famille veillera à acquérir la compétence nécessaire pour accompagner les usagers de drogue dans leur parcours de vie. En développant son savoir-faire et son savoir-être, de préférence en relation avec ses pairs, il veillera à maintenir sa performance dans le domaine des toxicomanies. La continuité et la coordination des soins au travers d'un réseau multidisciplinaire seront au centre de ses préoccupations.

L'approche thérapeutique sera basée sur une vision globale de l'être humain, prenant en compte les dimensions biologiques, psychologiques et socioculturelles. Le médecin généraliste et de famille de l'usager de drogue veillera à intégrer l'éducation pour la santé et la prévention à la pratique curative. Il sera particulièrement attentif à la prévention primaire, au dépistage, à la réhabilitation et au regard sur la nocivité potentielle de sa propre pratique. Il mettra en place les outils psychothérapeutiques appropriés et veillera à sa propre santé mentale et physique.

Dans la mesure où le médecin généraliste et de famille utilise des produits addictifs pour traiter, il veillera à prendre toutes les précautions nécessaires à la sauvegarde de la santé de son patient et de la collectivité. Quelques soient les circonstances, aucun traitement ne pourra être entrepris qui n'ait fait l'objet d'un consensus éclairé entre le patient et son médecin personnel. Si le traitement implique l'usage de substances addictives, il ne pourra en aucun cas être interrompu abruptement. Le médecin se défendra de toute pression morale ou financière vis-à-vis du patient traité par substance addictive. Un tel traitement qui peut s'étaler sur plusieurs années, va de pair avec la réhabilitation psychosociale du patient et doit être poursuivi quels que soient les événements qui peuvent affecter la vie du patient.

Marc Jamoulle & Geoffroy Laurent

 

 


Ecrits et publications

 

·         Denis B; Hayani A; Jamoulle M [and others]. Toxicomanie et virus de l'hépatite C, B et HIV. Bulletin de l'Hôpital Civil de Charleroi. 1993; 44(4): 209-213.

·         Jamoulle M. Approche des problèmes de toxicomanie (drogue dures) en première ligne. Courrier de la Fédération des Maisons Médicales. 1993(78): 4.

·         Hayani A; Denis B; Fedullo R; Hubert MH; Jamoulle M; Pasteger D; Petit J; Segers JM; Ligny G. Prevalence of hepatitis C Virus (HCV) versus hepatitis B virus (HBV) and HIV in a Belgian population of heroin misusers. Acta Gastro-Enterologica Belgica. 1994(57): A3(1-142).

·         Jamoulle M. Héroïnomanie en médecine générale, une approche complexe. Courrier de la Fédération des Maisons Médicales. 1994 Oct(96): 23-27. &  Revue de la médecine Générale. 1994 Dec(118): 27-30. & Exercer. 1995(32): 9-13.

·         Jamoulle M. Bibliographie toxicomanie, indexée et commentée (logiciel Procite). Courrier de la Fédération des Maisons Médicales. 1994 Oct(96(supplément)): 28 pages.

·         Jamoulle M; Deddobeleer M. Compulsive use of Flunitrazepam (Rohypnol°) in a population of consulting heroin misusers in family practice. Archives of Public Health. 1995; 52(supplement 1): 56 (abstract).

·         Denis B; Fedullo R; Hubert MH; Jamoulle M; Pasteger D; Petit J; Segers JM; Hayani A. Prevalence of HCV versus HBV and HIV in a Belgian population of consulting heroin misusers. Archives of Public Health. 1995; 52(supplement 1): 61 (abstract).

·         Jamoulle M. Parcour de tox. non publié. 1995 Mar: 16p.

·         Jamoulle M. Prevalence of hepatitis C (HCV) versus hepatitis B virus (HBV) and HIV in a Belgian population of consulting heroin misusers. Oral communication (abstract B199). Hongkong - WONCA. 14ème congrès mondial. ; 1995 Jun. Fédération des Maison Médicales.

·         Jamoulle M. "To be on Roche". Oral communication. 3rd National Symposium on Pharmacoepidemiology; 1995 Nov 17; Liege. : BESPE; 1995 Jun.
Fédération des Maison Médicales.

·         Jamoulle M. "Etre en Roche",utilisation compulsive du Flunitrazépam (Rohypnol). Etude dans une population de toxicomanes consultants en médecine de famille. : Collectif de Santé de Gilly-Haies, rue du calvaire 159, 6060 Gilly.; 1995 Sep. 125p.

·         Jamoulle M. Soins Interdits. Revue de la médecine Générale. 1996; 129: 24-25.

·         Jamoulle M. Le Rohypnol, une drogue dure amnésiante, résultats d'une recherche en médecine de famille. Psychotrope. 1996.

·         Beaumadier L; Jamoulle M; Révillion JJ; Tonnelet G. Atelier d'écoute et de travail. in: S'entendre ou s'écouter; 1996 Sep; Lille, France. : Généraliste et toxicomanie.

·         Jamoulle M. Drogue d'usage, drogue d'abus. Communication à la 6eme Université d'été T3E: Bruxelles, juin 1998. & sur http://www.ulb.ac.be/esp/mfsp/usage-abus.htm

·         Laurent G.  Comorbidité de l'hépatite C chez les patients toxicomanes, mémoire de fin d'étude , UCL, 2003

 

sur Internet seulement :

·         Jamoulle M. Déclaration d'intention ; Le médecin généraliste et de famille et l'usager de drogue. Villamura,                                 1997  http://www.ulb.ac.be/esp/mfsp/ethitox-fr.html

 

·         Jamoulle M  Ode à ma mère. Consultations, 1997   http://www.ulb.ac.be/esp/mfsp/mamere.html