Emergence de l’information   

Processus de systématisation des problèmes relevés

Interprétation des problèmes actifs de la patiente selon la grille de lecture

 

Exposé de l'exercice

Relation de la consultation

Grille de lecture

Interprétation

 

Champs d’action

Motifs apportés par la patiente

Motifs « levés » par le médecin

Procédures réalisées pendant

Appréciations ou diagnostics

(problèmes actifs)

Procédures envisagées à l’issue

S1

S2

P1

A

P2

 

Primaire

 

Tabac

P64

Conseil

P45

Nicotinomanie

P17

Détoxication

P50

1

Secondaire

 

Prévention cancer utérus

X64

Conseil

 

X45

Prévention col

 

A98

Frottis col

 

X37

2

 

Prévention cancer sein

X64

Conseil

 

X45

Prévention sein

 

A98

Mammographie

 

X41

3

Tertiaire

Tristesse, déprime

 

P03

 

Ecoute thérapeutique

P58

Dépression

 

P76

Prescription

 

P50

4

Bouffées de chaleur, règles absentes

 X05, X11

 

 

Ménopause

 

X11

Biologie

 

X34

5

Tremblement, angoisse, palpitations, demande de médicament

N08, P01, K04, P50

 

 

Intoxication benzodiazépines

 

P18

Prescription

 

 

P50

6

Trouble du sommeil, malaise

P06, A04

 

 

Intoxication Trazolan

P18

Prescription

P50

7

 

Anomalie RX

A91

 

Anomalie RX

A91

Rx thorax

R41

8

Pauvreté

Z01

 

 

Pauvreté

Z01

 

9

Quaternaire

Demande de médicament

 

P50

Refaire l’historique

 

A49

Accompagnement de l’angoisse

P58 

Sujet à risque de médicalisation inadéquate    A98

Conservation des informations

A49

10

 

Discussion

L’information relevée au cours de la consultation est reportée dans la grille de lecture systématique. On trouvera l’explication de la répartition des champs d’activité et donc de prévention (l’activité lue dans le temps) sur le site MF&SP.

Les lettre S1 S2 P1 A P2 sont une des façons d’utiliser l’acronyme SOAP. Rappelons que les faits clinique eux-mêmes mis en évidence par le médecin (O) ne sont pas relevés par la CISP.

Le terme subjectif n’est bien sur pas totalement adapté pour décrire l’entrée ou motif de la consultation. Si le S1 reprend effectivement ce que le patient apporte, le S2 est le fruit du travail réflexif et anamnestique du médecin, une étape déjà de l’élaboration de son processus décisionnel.

Les procédures encore appelées parfois actes ou interventions sont subdivisées ici en P1, les interventions réalisées au décours de la consultation et P2, les interventions programmées à l’issue de la consultation. Notons que la prescription de médicaments est une procédure parmi d’autres.

L’appréciation enfin (A), est une notion qui ne recouvre que partiellement le concept de diagnostic. Il s’agit d’une appréciation médicalement raisonnée des phénomènes en cours qui expliquent les décisions prises. Ces titres de problèmes, s’inscrivant dans le temps, sont donc aussi les titres des épisodes de soins correspondants. On remarque que le code A98 Episode préventif est utilisé en prévention secondaire et quaternaire, permettant ainsi de disposer d’un support formel aux actions envisagées.

Notons que sur les dix problèmes envisagés, deux seulement font l’objet d’un codage diagnostique au sens classique du terme. La dépression, P76 est définie dans la CISP avec caractère d’inclusion et d’exclusion et transcodage à la CIM 10 et par là au DSM IV est en réalité le seul diagnostic classique. A91 signifie que l’item en cause est une anomalie sérieuse non encore expliquée. Les autres appréciations sont d’ordre symptomatique (P17 nicotinomanie, P18 intoxication médicamenteuse, Z01 pauvreté, X11 ménopause) et ne sont que des reprises, éventuellement en jargon médical, de la verbalisation de la patiente.

Les problèmes ont été numérotés et constituent dès lors la liste des problèmes qui auront chacun une date d’ouverture et qui ouvrent les épisodes correspondants. Il ne s’agit ici que des problèmes actifs relevés lors de cette consultation. Une annamnèse plus systématisée pourra ultérieurement faire apparaître des problèmes passifs de signification diagnostique, pronostique ou thérapeutique sérieuse et qui devront s’ajouter à cette liste.

Cet exercice de mise en ordre de l’information médicale sur base d’une consultation réelle ne préjuge pas des objectifs de la consultation hic et nunc. Il s’agit d’un exercice de globalité; le sujet est abordé sous l’angle biologique mais aussi psychologique et social. Les différentes composantes qui fondent la perception de la santé sont traitées de concert. Il s’agit d’un exercice d’intégration; les différents domaines de l’activité sont abordés y compris le regard sur le processus en cours.  Dans le cas présent, la patiente est repartie avec ses prescriptions, des recommandations et pour seule trace tangible d’activité préventive, un document de demande de mammographie, à réaliser éventuellement dans les trois mois. L’objectif premier est de capter la confiance de la personne et d’établir la relation.

On a établi ici ce qui pourrait être un agenda raisonné du médecin. L’agenda du patient contient ce qu’il a demandé mais aussi ce qu’il laisse supposer et tout ce qu’il ne dira qu’après avoir tester la capacité du médecin généraliste à écouter et répondre. Le temps joue en faveur de cette relation. C’est de cette façon que doit être comprise la longitudinalité.

Les différents problèmes relevés doivent dorénavant être présent à l’esprit du médecin généraliste qui décidera à quel moment il sera acceptable d’en parler au patient. Un système informatique bien conçu doit le soutenir dans ce sens.  L’acceptabilité d’une procédure est en réalité le fruit d’un consensus entre parties. La gestion adéquate de la relation personnelle et le management habile des procédures à réaliser permettront de calmer l’angoisse du malade mais aussi celle du médecin, maîtrisant ainsi le processus de production de bien de santé, un des objectifs de la prévention quaternaire.

Cet exercice permet donc aussi de voir comment des concepts abstraits tels que globalité, intégration, acceptabilité et longitudinalité font en réalité partie du travail quotidien du médecin de famille. Il met aussi en évidence la difficulté réelle à laquelle est confronté cet homme orchestre qui doit saisir, comprendre, analyser, maîtriser et orienter en quelques minutes.

L’informatique à mettre au service de la médecine générale doit lui permettre de rencontrer ses rôles et fonctions avec souplesse, un challenge !

 

 

                           ©Marc Jamoulle et Michel Roland, Août 2000